L’ALLUMEUR DE RÉVERBÈRES
Réflexions pour mieux se positionner face aux défis du quotidien
Des feuillets proposés par 
Christophe Élie

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Feuillet 4                                              
Permettre à la vie de m’aimer
Par où commencer ?

« On ne peut arriver à se faire aimer.
Ce qu'on peut faire c'est accepter d'être aimé »  * *


Deux pièges

Dans ces temps de grands changements, les uns sont tentés de se replier sur eux-mêmes et de sauver leur peau ; les autres de s’atteler à régler tous les problèmes du monde, avec le sentiment croissant d’un poids trop lourd pour leurs épaules. L’égocentrique et le sacrifié ont une chose en commun : l’un tout comme l’autre manque de cette confiance que la vie est par nature bienveillante et qu’il est en sécurité profonde, à longue portée. Le sauve-ta-peau se dorlote ou se protège, le sauveur-triste se fouette ou se punit. Chacun vit à moitié.


Aimé, aimable

J’ai été l’un, j'ai été l’autre, si souvent ! Comment dépasser ces deux pièges ? j’ai cherché… La petite phrase « Aime ton prochain comme toi-même » m'a toujours fasciné, comme une sorte d'Everest à conquérir. En même temps son ton d'exhortation me laissait prudent : je voulais me défaire de tout ce qui sent le moralisme, le volontarisme.

Une autre phrase m'avait aussi tourné dans la tête : « L’enfant vient à aimer naturellement s’il se sent aimé ». Cette vision des choses me rejoignait naturellement, je la savais vraie, je l'avais vérifié tant de fois avec mes enfants. Mais si un enfant n'a pas connu d'être aimé à la mesure de sa soif ?... Si on est tous égaux, il y en a qui semblent plus égaux que d'autres... Je restais perplexe.

Et puis un jour j'ai eu le sentiment d'avoir une vraie poignée : « enfin !... » Une sorte de vision de comment peut bien fonctionner la vie à l'horizon de mon questionnement. J'étais ce pêcheur qui avait échappé tant de poissons à l'eau, et cette fois je tenais le mien. Je me suis formulé ainsi la vision qui s'imposait à moi (et plus tard elle est devenue une histoire, qu’on trouve au Feuillet 41) :

Je n’ai pas tant à me soucier de m’aimer ou d’aimer,
qu’à permettre à la Vie de m’aimer.
J'ai à me reconnecter à l’état d’esprit de l’enfant qui se sait aimé.
Si je suis fait pour aimer, ça se fera par trop-plein, naturellement.

Pour certains ça fera évidence; pour moi c'était une découverte, une petite révolution dans ma vie. En même temps j'étais conscient du paradoxe : c'était une réalité si simple à comprendre, mais peut-être qu'il nous faut toute une vie pour la concrétiser ? C'est un peu long à mon goût, sauf que je crains moins d'avoir à marcher longtemps si j'ai la conviction d'être sur le bon chemin.

Comment en arriver à la conviction que la vie est par nature amoureuse, et alors m'abandonner à lui faire confiance ?... Où trouver des bases solides pour y croire ? Dans la science ? Elle observe, mais ne peut rien dire sur le sens, sur l'intention de la vie. Dans l'expérience des peuples, alors ? Dans quelles écoles enseigne-t-on aux enfants que l'amour est ce qu'il y a de plus efficace ?...

Non, c'est ailleurs que je devais m'appuyer. Il y a eu d'abord pour moi le témoignage de gens qui m'ont marqué. Des gens que j'ai vus vivre en amoureux : l'un dans son couple, un autre avec ses enfants, un autre encore dans un service auprès de gens démunis. Ces gens, pourtant souvent très occupés, se sont arrêtés pour m'écouter, ils m'ont révélé ce que j'avais de beau, ils ont cru en moi. Il ne m'en fallait pas une tonne. Un seul seul suffisait à m'énergiser, à me faire croire que la vie ne pouvait pas être moins amicale que la meilleure de ses créatures humaines. C'était pour moi un premier pari.

Et puis, j'ai cherché à aller le plus loin que je pouvais dans cette logique. J'ai parié que la Source première de ma vie m'avait créé pour le bonheur. Ah, peut-être aussi pour apprendre, ou pour apporter moi aussi quelque chose au monde. Mais avant tout pour le bonheur, et qu'Elle ne m’aurait pas créé sinon. J’ai donc le droit d’être heureux, et je peux compter sur Sa tendresse, comme un enfant est en droit d'attendre de ses parents qu'ils lui donnent le nécessaire.

C'est allé plus loin. J'ai ensuite fait le pari que la Vie ne faisait que des chefs-d'oeuvre, et qu'alors Elle m'avait fait magnifique au départ. Et puis, que si Elle était capable de faire la variété de vie que je constate dans la nature et sur touts les continents, si elle était capable de fabriquer des milliards de flocons de neige sans qu'aucun ne soit pareil aux autres, Elle était bien capable de m'avoir fait moi aussi unique, irremplaçable sans doute. Bien sûr, à me regarder, je n'avais pas de mal à croire que la Vie faisait ses créatures à l'état évolutif !

Aimé, aimable : voilà ce que j'allais considérer comme mon ADN essentiel, les fondations de ma maison. Aimé et aimable quoi que j'en fasse par après, quoi qu'en pensent les gens, quoi qu'il m'arrive. C’était un pari, oui. Mais chaque jour depuis ce moment semble me confirmer que c’est le bon, et que c’est le seul qui tienne bon. (j'ai réfléchi là-dessus au Feuillet 14 : Ces gens que personne ne peut sentir).


Mon rôle, alors ? 

Avec cet état d'esprit, le jeu change. Mon affaire, ça devient me disposer pour que l'amour qui est le tissu même de la vie, m’atteigne. Repartir sans cesse de cette vision, pour patiemment réinventer les façons d'ouvrir mon canal    surtout quand ça va mal. 

Chose difficile, quand j'ai si souvent appris à partir de mes problèmes. J’ai de si bonnes raisons d’être victime, mon histoire est cousue de blessures héroïques ! J'ai mis du temps à réaliser, pourtant, que lorsque je me mets dans cette disposition d'esprit, je ne fais que mettre des bâtons dans les roues à la Vie, je fais des noeuds dans le boyau, puis j'enrage que l'eau de la vie me manque. Comment pourrait-elle m'atteindre, me traverser ? Pendant ce temps, les solutions attendent, attendent que j'ouvre ma porte...  

La Vie n'a pas grand chose à faire avec mes problèmes, que du compost. Bien sûr, j'ai besoin de temps pour crever l'abcès, me mettre en vérité, cracher ce qui fait mal. Mais plus vite je rechoisis la terre ferme plutôt que de patauger dans le marécage des émotions, plus vite la Vie peut me tendre une passerelle. Elle était souvent déjà là, mais moi je ne la voyais pas. Et ça, c’est à ma portée aujourd’hui, dans cet instant.


D'autres me l'avaient dit

J’avais de solides points d’appui à mon pari. J'ai souvent repassé dans ma tête le message tant répété par le Rabbi de Galilée, vieux de 2000 ans : « Vous avez un Père qui vous aime, vous êtes ses fils… ». Plus près de moi, j'ai vibré très fort à cette clé que nous offrait mère Teresa, qui avait l'air d'aimer comme elle respirait : « Moi je m’occupe des laissés-pour-compte, la Vie s’occupera de mes besoins… ».  J'ai aussi été sensible au message trouvé dans plusieurs sagesses anciennes : si quelqu’un s’applique à découvrir sa mission de vie et qu'il s’y engage, une multitude de forces se mettront en branle pour l’aider à l’accomplir.

J’ai dit que tout ça était de l'ordre du pari. Mais quand j'y regarde bien, c’est vrai aussi pour chacun de mes choix, chacune de mes amours. La vie est risque mais quel beau risque !


Depuis...

Depuis que j’applique ce pari, des noeuds se défont. Mon plaisir de vivre grandit, même quand j'ai les coudes écorchés. Le plaisir de me mettre en service aussi, pourvu que le coeur chante. Oser me considérer magnifique par nature, sans avoir à faire des courbettes pour que d'autres y croient, me fournit une sécurité, une énergie que je n’avais pas. Je me découvre plus libre face aux gens : je m’offre, par contre je refuse de me sacrifier. Même mon entourage me le reflète : des gens se mettent à voir ce que j’ai de meilleur... et souvent m'y ramènent quand moi je l'ai un peu perdu de vue.


Par où commencer ?

Au panorama MON TROUSSEAU DE CLEFS, où j'essaie de traduire de façon pratique certaines prises de conscience, je me suis mis au point un petit exercice de centration, que j'ai appelé Mes 4 Sages. On y retrouve quelque chose de l'état d'esprit que j'ai voulu partager ici, avec l'intention de l'ancrer dans le quotidien.


Pour conclure

C'est Martin Gray qui écrivait :

« Il y a toujours une chance pour qu'un homme soit meilleur qu'il n'y paraît. Il faut trouver dans l'homme le chemin qui conduit à sa source profonde. Il faut l'aider à le faire renaître. Alors un homme surgit. Le véritable. Car l'homme, s'il est lié au passé, est aussi un avenir. » (Le livre de la vie **)

Et si cet homme, c'était moi ?... Et si la vie me comblait à la largeur où j’ouvre ma porte ?…

S’installe en moi une certitude : le bonheur, ça se choisit, et ça se pratique.

Christophe Élie

 

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Le site GRANDIR est édité par l'Association GRANDIR, QUÉBEC
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 v2009-02-21

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