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IM-0012 |
Aller au désert
au pied de sa porte...
La respiration - source |
«
Es-tu
en train de remplir tes cellules de paix et de force
avec chaque inspiration? Chaque fois que tu respires,
ou bien tu ajoutes à ta Divinité, ou bien tu la diminues ! »
Skakus,
dans Les neuf visages du Christ,
d'Eugène E. Whitworth
«Je
te mangerais!…»
Vous souvenez-vous
d'avoir déjà serré contre vous un enfant que vous aimiez gros et de lui
avoir dit « ah, je te mangerais!…» Ce mouvement de désirer
incorporer quelque chose de celui qu'on affectionne ou qu'on admire est
naturel. On en voit aussi des traces dans les cultures – par exemple
chez les Amérindiens de la Nouvelle-France, où on mangeait quelquefois
le coeur de certains prisonniers pour, dit-on, s'en approprier le courage.
Et avez-vous déjà
proposé à des enfants de devenir, l'espace d'un jeu, une sorte de Tarzan
ou de Batman? Immédiatement vous avez vu leurs épaules se reculer, leur
torse se bomber et leurs poumons se gonfler: ils mangeaient Batman, ils
devenaient Batman.
On dit que « respirer
c'est vivre ». Demandez à une femme qui s'apprête à accoucher s'il est
vrai qu'une respiration profonde re-sensibilise, calme la peur ou aide à
se concentrer. Le mouvement rythmique de la respiration, si on y regarde
bien, semble faire partie de la structure même de la vie : la marée, le
bercement d'un enfant, l'étreinte amoureuse, etc.
Respirer – ou cesser de respirer – peut être quelque
chose de largement inconscient. Jusqu'au moment où le bonheur ne va plus
de soi. Alors on se rend compte qu'on a peut-être laissé dormir une clé
maîtresse dans notre coffre à outils, tel un mécanicien qui s'évertuerait
à dévisser un boulon avec ses doigts. Les grandes traditions parlent du Souffle
créateur. Peut-il s'avérer tout autant re-créateur?…
Presque trop simple !…
Pratiquer à
conscientiser ma respiration : cette découverte a été capitale dans ma
trajectoire de croissance, dépassant même ce que j'ai pu apprendre avec
la pratique du yoga. Voilà ce que je vous propose d'explorer avec
l'exercice suivant. J'ai appelé cet exercice la respiration source,
pour deux raisons. D'abord afin de mettre en évidence le ressourcement
que j'y trouve : la respiration me fournit un point de départ, un
ancrage pour réagir à ce qui m'arrive. Ensuite, pour marquer mon choix
d'accrocher ma respiration à sa racine, de faire complice avec moi la
Source de toute respiration.
Essentiellement il
s'agit d'un respiration profonde, que je vis plus consciemment qu'à
l'habitude et dans laquelle je mets une intention.
Pour me préparer,
j'entre mentalement dans mon corps et j'expire à fond, jusqu'à manquer
d'air. Alors je relâche tout. C'est là que ça commence :
-
Au moment ou mon
ventre se remplit d'air, je
prends une grande bouffée de la tendresse de la Vie, remontant
le plus loin possible à sa source : soit que je me remplis de l'amour du Créateur
pour moi, soit de l'affection d'une personne pour qui je compte
beaucoup, soit encore du souvenir d'un moment heureux où je me suis
senti reconnu
dans toute ma valeur, dans ma beauté intérieure...
Peu importe l'image : je choisis celle qui me met le plus facilement
en contact
avec
le sentiment d'être aimé, d'être réuni à une source d'affection
qui fait certitude à mes yeux.
-
Je retiens l'air
dans mes poumons, l'instant d'un oui ! complice, le temps de
ressentir que je suis d'accord à enfiler ce gilet de tendresse. Je
deviens comme cet enfant qui s'abandonne d'aise à être cajolé, qui se permet de jouer puisque quelqu'un
l'aime : se laisser aller au bonheur, c'est pour lui comme s'il faisait un cadeau à la personne qui l'a choyé.
Je ressens que cet amour passe en moi, qu'il allume mon visage : je
deviens amoureux à mon tour, rayonnant... Je retrouve ma vraie
nature, le plaisir d'être.
-
En expirant,
je vais porter cette sensation d'être amoureux à toutes les fibres
de mon corps. Je peux même le prolonger en un cadeau que je fais au monde :
j'imprègne de mon souffle ce qui est là, autour, un peu comme on
enduit un miroir de buée.
Quant à la façon
physique de respirer, celle du Zen m'apparaît la plus profitable
parmi celles que je connais (elle
est décrite au panorama Mon trousseau de
clefs).
J'aime bien, pour ma
part, comparer ma respiration au mouvement d'un petit train qui tournerait
lentement, sans s'arrêter, autour d'un oeuf en position debout, la partie large
vers le haut : une montée
lente, puis un plateau, et enfin la descente. Reprenons ça avec cette
image : après m'être d'abord vidé à fond, j'accueille
l'air en gonflant le bas du ventre (le petit train est sur le côté),
puis les poumons – qui restent un moment gonflés, avec un sourire sur
mes lèvres, savourant le fait de remplir chacune de mes cellules (le petit
train est en haut). Puis j'expire lentement, profondément en
comprimant le bas de mon ventre (le petit train est sur l'autre
versant) - au point que la prochaine inspiration se fait presque
d'elle-même, par un appel d'air. Après quelques respirations, le
mouvement est devenu ample, continu.
Et c'est reparti, je
peux faire face à nouveau à ce qui vient... À noter que plus j'éprouve
de fatigue ou de tension, plus je ralentis la respiration, plus je soigne
la qualité du ressenti.
Des occasions clés
pour faire l'exercice
-
Je fais l'exercice
d'abord pour me re-centrer, profitant souvent d'un temps mort -
par exemple en attendant l'ascenseur au bureau ou le feu vert en auto,
souvent aussi au moment de changer d'activité. Par moments aussi je
le fais comme un pur exercice: je pratique une série
d'environ 7 respirations liées.
-
J'y recours quand
je suis mal dans ma peau, de toutes sortes de façons : par exemple
devant l'écran de l'ordinateur, lorsque je réalise que j'ai cessé
de respirer. Ou encore au moment d'une tension forte avec quelqu'un,
qui m'a laissé en confusion émotive.
Je constate en même
temps que la respiration source me fournit une lecture rapide de mon état
d'énergie. Et j'ai appris à en profiter aussi en d'autres occasions –
que je ne soupçonnais pas au premier abord :
-
Pour me guérir.
Lorsque j'ai mal quelque part ou que je sens un de mes membres
tendu. Avec l'expiration, je lui envoie de quoi l'aider à se libérer.
J'invite la Source à se mettre avec moi : "allons aider mon
coude, ma jambe…à se guérir"
-
Pour soutenir
quelqu'un que j'aime… ou que je n'aime pas assez. Un ami est
souffrant, ma fille passe un examen à 10 heures, un collègue de
travail me confronte…. Je me remplis de la Source, après quoi
j'envoie ces 'bonnes ondes' à la personne concernée.
-
Pour ensemencer un
désir, un projet ou une décision – comme la tortue recouvre de
laitance ses oeufs à naître. La respiration source, ici, me fait
sortir de l'agitation mentale. D'abord je me connecte, je m'assure d'avoir
la ligne. Puis, j'insuffle « le meilleur » à ce qui va
venir.
-
Pour rendre plus réel
mon contact avec l'Esprit. Combien de fois j'ai expérimenté, au
moment de me mettre en
prière particulièrement, que si je ne me mettais pas d'abord en
ressenti et en respiration, ça restait une simple construction de ma
tête et non une expérience de communication.
Et
peut-être que si vous persistez à faire l'exercice vous découvrirez,
comme ça m'est arrivé, qu'on peut donner une couleur particulière à
cet exercice de centration, en rapport avec les deux grandes polarités de
la vie, masculin et féminin, yin et yang :
- Si je suis dans un
état émotif troublé, que j'ai à m'ajuster face au dedans, j'ai
à nourrir le côté féminin de mon besoin. Dans un moment pareil, j'ai
constaté que ce qui me fait du bien, c'est de me pénétrer de la
tendresse de la vie en même temps que j'inspire; et c'est de
choisir d'être heureux immédiatement, par mon oui enthousiaste.
- À d'autres
moments, quand par exemple j'ai à prendre une décision, à réagir à un
événement extérieur qui
commande de la force ou de la motivation, en somme à m'ajuster
face au
dehors, j'ai à nourrir le côté masculin de mon besoin. J'ai alors
apprécié de faire l'exercice de respiration en me concentrant à faire
le plein de la puissance de la vie; mon oui porte alors sur le fait
d'être divin moi-même.
La réalité profonde
derrière tout ça...
Si on y regarde bien,
ce type de respiration reprend, dans le petit instant, ce qui semble être
le cycle fondamental de la vie elle-même : être aimé, s'aimer,
aimer... Quelqu'un avait une expression toute simple pour décrire ce
mouvement vu de l'intérieur : « l'Amour m'aime... je deviens l'Amour
».
Voyons ça de plus près
- parce que c'est plus facile à concevoir qu'à maîtriser dans nos
tripes !
Être aimé
d'abord. Toute personne a besoin de trouver, quelque part, les raisons
de croire en la bonté de la vie pour elle. Et plus loin, les raisons de
croire qu'elle est belle, qu'elle mérite d'être dans le paysage. C'est
ce qui lui permet de se donner le droit d'être heureuse. C'est pourquoi,
si je n'arrive pas à faire remonter l'image de quelqu'un qui m'aime
aujourd'hui, il est important que je remonte au-delà, jusqu'à quelque
chose qui me dirait : « la vie est bienveillante malgré tout, malgré
ce qu'en ont fait les humains que tu côtoies aujourd'hui... » : ça
peut être quelqu'un qui m'a aimé dans le passé, ou même une conception
philosophique où je fais le pari d'un univers cohérent qui, à long
terme, finira par combler mes soifs les plus profondes. Mais il faut que
je trouve...
Ensuite, s'aimer. La vie semble être ainsi faite que le seul
amour qui nous atteint, nous énergise, nous accomplit, c'est celui auquel
nous consentons. L'univers entier peut nous manifester de l'amour, si nous
nous en sentons indignes, la porte est fermée, la pluie ne peut pas féconder
notre terre. Il nous faut retrouver la certitude d'être aimable par
nature, pas parce que nous quêtons ou achetons l'amour.
En fait, ça va plus loin. Tiens, faites ce petit test : essayez de
ressentir que vous vous donnez la permission d'être heureux, dans
l'instant, mais à froid, détaché de tout contact amoureux. C'est vide,
abstrait ?... Essayez à nouveau, cette fois en vous voyant en communion
avec quelqu'un qui vous aime actuellement : j'imagine que vous arriverez
beaucoup plus naturellement à le ressentir. Je crois comprendre, en
effet, que pour me permettre d'être heureux, j'ai besoin de me sentir
en relation avec quelqu'un qui m'aime.
Et puis, ce choix d'être heureux dans l'instant, il faut sans cesse
le rechoisir, et le pratiquer. Un exercice qui devient concluant dans le
petit instant a plus de chance d'ancrer en nous une certitude profonde. Je
crois que c'est seulement ainsi qu'on peut finir par installer en nous un
réflexe de bonheur, et être moins désarçonné par les blessures qui
vont périodiquement venir secouer notre conviction d'être aimé et d'être
aimable.
Ceux qui ont lu le
Feuillet
4 Permettre
à la vie de m'aimer, où
j'ai évoqué déjà ces réflexions, peuvent mieux comprendre que j'aie
cherché à le traduire en un exercice du quotidien comme celui-ci.
DES RÉSULTATS TANGIBLES
?
Oui ! Depuis que je
pratique ce type de respiration, les résultats sont palpables. Les
moments d'attente ne me paraissent plus inutiles: c'est l'occasion de me
recentrer. Les instants de solitude me pèsent moins : je ne suis jamais
seul. Je capte le côté utile des moments de souffrance : elle me sert à
apprendre quelque chose, ou je peux la faire servir à quelqu'un d'autre.
Au total ce qui change en moi, je crois, c'est la sécurité. J'en
arrive à moins craindre que les événements aient le dernier mot sur ma
vie, et à croire davantage que la force de mon état d'esprit m'amènera
au meilleur, quoi qu'il arrive.
Ceci me rappelle une phrase tirée d'un livre qui m'a passionné: La
force intérieure. L'auteur a eu cette expression magique, que je me répète
quelquefois dans les moments de doute, assimilant au divin tout ce
qui est amour reçu, amour donné : « Dieu et vous êtes la
majorité! »
Christophe Élie
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