L’ALLUMEUR DE RÉVERBÈRES
Réflexions pour mieux se positionner face aux défis du quotidien
Des feuillets proposés par 
Christophe Élie

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Feuillet 12 

 


IM-0012
Aller au désert au pied de sa porte...

La respiration - source

 

« Es-tu en train de remplir tes cellules de paix et de force
avec chaque inspiration? Chaque fois que tu respires,
ou bien tu ajoutes à ta Divinité, ou bien tu la diminues ! »

Skakus, dans Les neuf visages du Christ, 
d'Eugène E. Whitworth

«Je te mangerais!…»

Vous souvenez-vous d'avoir déjà serré contre vous un enfant que vous aimiez gros et de lui avoir dit « ah, je te mangerais!…»  Ce mouvement de désirer incorporer quelque chose de celui qu'on affectionne ou qu'on admire est naturel. On en voit aussi des traces dans les cultures – par exemple chez les Amérindiens de la Nouvelle-France, où on mangeait quelquefois le coeur de certains prisonniers pour, dit-on, s'en approprier le courage.

Et avez-vous déjà proposé à des enfants de devenir, l'espace d'un jeu, une sorte de Tarzan ou de Batman? Immédiatement vous avez vu leurs épaules se reculer, leur torse se bomber et leurs poumons se gonfler: ils mangeaient Batman, ils devenaient Batman.

On dit que « respirer c'est vivre ». Demandez à une femme qui s'apprête à accoucher s'il est vrai qu'une respiration profonde re-sensibilise, calme la peur ou aide à se concentrer. Le mouvement rythmique de la respiration, si on y regarde bien, semble faire partie de la structure même de la vie : la marée, le bercement d'un enfant, l'étreinte amoureuse, etc.

Respirer – ou cesser de respirer – peut être quelque chose de largement inconscient. Jusqu'au moment où le bonheur ne va plus de soi. Alors on se rend compte qu'on a peut-être laissé dormir une clé maîtresse dans notre coffre à outils, tel un mécanicien qui s'évertuerait à dévisser un boulon avec ses doigts. Les grandes traditions parlent du Souffle créateur. Peut-il s'avérer tout autant re-créateur?…

Presque trop simple !…

Pratiquer à conscientiser ma respiration : cette découverte a été capitale dans ma trajectoire de croissance, dépassant même ce que j'ai pu apprendre avec la pratique du yoga. Voilà ce que je vous propose d'explorer avec l'exercice suivant. J'ai appelé cet exercice la respiration source, pour deux raisons. D'abord afin de mettre en évidence le ressourcement que j'y trouve : la respiration me fournit un point de départ, un ancrage pour réagir à ce qui m'arrive. Ensuite, pour marquer mon choix d'accrocher ma respiration à sa racine, de faire complice avec moi la Source de toute respiration.   

Essentiellement il s'agit d'un respiration profonde, que je vis plus consciemment qu'à l'habitude et dans laquelle je mets une intention. 

Pour me préparer, j'entre mentalement dans mon corps et j'expire à fond, jusqu'à manquer d'air. Alors je relâche tout.  C'est là que ça commence :

  • Au moment ou mon ventre se remplit d'air, je prends une grande bouffée de la tendresse de la Vie, remontant le plus loin possible à sa source : soit que je me remplis de l'amour du Créateur pour moi, soit de l'affection d'une personne pour qui je compte beaucoup, soit encore du souvenir d'un moment heureux où je me suis senti reconnu dans toute ma valeur, dans ma beauté intérieure...  Peu importe l'image : je choisis celle qui me met le plus facilement en contact avec le sentiment d'être aimé, d'être réuni à une source d'affection qui fait certitude à mes yeux.
     

  • Je retiens l'air dans mes poumons, l'instant d'un oui ! complice, le temps de ressentir que je suis d'accord à enfiler ce gilet de tendresse. Je deviens comme cet enfant qui s'abandonne d'aise à être cajolé, qui se permet de jouer puisque quelqu'un l'aime : se laisser aller au bonheur, c'est pour lui comme s'il faisait un cadeau à la personne qui l'a choyé. Je ressens que cet amour passe en moi, qu'il allume mon visage : je deviens amoureux à mon tour, rayonnant... Je retrouve ma vraie nature, le plaisir d'être. 

  • En expirant,  je vais porter cette sensation d'être amoureux à toutes les fibres de mon corps. Je peux même le prolonger en un cadeau que je fais au monde : j'imprègne de mon souffle ce qui est là, autour, un peu comme on enduit un miroir de buée.

Quant à la façon physique de respirer, celle du Zen m'apparaît la plus profitable parmi celles que je connais (elle est décrite au panorama Mon trousseau de clefs)

J'aime bien, pour ma part, comparer ma respiration au mouvement d'un petit train qui tournerait lentement, sans s'arrêter, autour d'un oeuf en position debout, la partie large vers le haut : une montée lente, puis un plateau, et enfin la descente. Reprenons ça avec cette image : après m'être d'abord vidé à fond, j'accueille l'air en gonflant le bas du ventre (le petit train est sur le côté), puis les poumons – qui restent un moment gonflés, avec un sourire sur mes lèvres, savourant le fait de remplir chacune de mes cellules (le petit train est en haut). Puis j'expire lentement, profondément en comprimant le bas de mon ventre (le petit train est sur l'autre versant)  -  au point que la prochaine inspiration se fait presque d'elle-même, par un appel d'air. Après quelques respirations, le mouvement est devenu ample, continu. 

Et c'est reparti, je peux faire face à nouveau à ce qui vient... À noter que plus j'éprouve de fatigue ou de tension, plus je ralentis la respiration, plus je soigne la qualité du ressenti. 


Des occasions clés pour faire l'exercice

  • Je fais l'exercice d'abord pour me re-centrer, profitant souvent d'un temps mort  -  par exemple en attendant l'ascenseur au bureau ou le feu vert en auto, souvent aussi au moment de changer d'activité. Par moments aussi je le fais comme un pur exercice:  je pratique  une série d'environ 7 respirations liées.

  • J'y recours quand je suis mal dans ma peau, de toutes sortes de façons : par exemple devant l'écran de l'ordinateur, lorsque je réalise que j'ai cessé de respirer. Ou encore au moment d'une tension forte avec quelqu'un, qui m'a laissé en confusion émotive.  

Je constate en même temps que la respiration source me fournit une lecture rapide de mon état d'énergie. Et j'ai appris à en profiter aussi en d'autres occasions – que je ne soupçonnais pas au premier abord :

  • Pour me guérir. Lorsque j'ai mal quelque part ou que je sens un de mes membres tendu. Avec l'expiration, je lui envoie de quoi l'aider à se libérer. J'invite la Source à se mettre avec moi : "allons aider mon coude, ma jambe…à se guérir"

  • Pour soutenir quelqu'un que j'aime… ou que je n'aime pas assez. Un ami est souffrant, ma fille passe un examen à 10 heures, un collègue de travail me confronte…. Je me remplis de la Source, après quoi j'envoie ces 'bonnes ondes' à la personne concernée.

  • Pour ensemencer un désir, un projet ou une décision – comme la tortue recouvre de laitance ses oeufs à naître. La respiration source, ici, me fait sortir de l'agitation mentale. D'abord je me connecte, je m'assure d'avoir la ligne. Puis, j'insuffle « le meilleur » à ce qui va venir.

  • Pour rendre plus réel mon contact avec l'Esprit. Combien de fois j'ai expérimenté, au moment de me mettre en prière particulièrement, que si je ne me mettais pas d'abord en ressenti et en respiration, ça restait une simple construction de ma tête et non une expérience de communication.

Et peut-être que si vous persistez à faire l'exercice vous découvrirez, comme ça m'est arrivé, qu'on peut donner une couleur particulière à cet exercice de centration, en rapport avec les deux grandes polarités de la vie, masculin et féminin, yin et yang :

- Si je suis dans un état émotif troublé, que j'ai à m'ajuster face au dedans, j'ai à nourrir le côté féminin de mon besoin. Dans un moment pareil, j'ai constaté que ce qui me fait du bien, c'est de me pénétrer de la tendresse de la vie en même temps que j'inspire;  et c'est de choisir d'être heureux immédiatement, par mon oui enthousiaste.

 - À d'autres moments, quand par exemple j'ai à prendre une décision, à réagir à un événement extérieur qui commande de la force ou de la motivation, en somme à m'ajuster face au dehors, j'ai à nourrir le côté masculin de mon besoin. J'ai alors apprécié de faire l'exercice de respiration en me concentrant à faire le plein de la puissance de la vie; mon oui porte alors sur le fait d'être divin moi-même. 


La réalité profonde derrière tout ça...

Si on y regarde bien, ce type de respiration reprend, dans le petit instant, ce qui semble être le cycle fondamental de la vie elle-même : être aimé, s'aimer, aimer... Quelqu'un avait une expression toute simple pour décrire ce mouvement vu de l'intérieur : « l'Amour m'aime... je deviens l'Amour ».

Voyons ça de plus près  -  parce que c'est plus facile à concevoir qu'à maîtriser dans nos tripes ! 

Être aimé d'abord. Toute personne a besoin de trouver, quelque part, les raisons de croire en la bonté de la vie pour elle. Et plus loin, les raisons de croire qu'elle est belle, qu'elle mérite d'être dans le paysage. C'est ce qui lui permet de se donner le droit d'être heureuse. C'est pourquoi, si je n'arrive pas à faire remonter l'image de quelqu'un qui m'aime aujourd'hui, il est important que je remonte au-delà, jusqu'à quelque chose qui me dirait : « la vie est bienveillante malgré tout, malgré ce qu'en ont fait les humains que tu côtoies aujourd'hui... » : ça peut être quelqu'un qui m'a aimé dans le passé, ou même une conception philosophique où je fais le pari d'un univers cohérent qui, à long terme, finira par combler mes soifs les plus profondes. Mais il faut que je trouve...

Ensuite, s'aimer. La vie semble être ainsi faite que le seul amour qui nous atteint, nous énergise, nous accomplit, c'est celui auquel nous consentons. L'univers entier peut nous manifester de l'amour, si nous nous en sentons indignes, la porte est fermée, la pluie ne peut pas féconder notre terre. Il nous faut retrouver la certitude d'être aimable par nature, pas parce que nous quêtons ou achetons l'amour. 

En fait, ça va plus loin. Tiens, faites ce petit test : essayez de ressentir que vous vous donnez la permission d'être heureux, dans l'instant, mais à froid, détaché de tout contact amoureux. C'est vide, abstrait ?... Essayez à nouveau, cette fois en vous voyant en communion avec quelqu'un qui vous aime actuellement : j'imagine que vous arriverez beaucoup plus naturellement à le ressentir. Je crois comprendre, en effet, que pour me permettre d'être heureux, j'ai besoin de me sentir en relation avec quelqu'un qui m'aime. 

Et puis, ce choix d'être heureux dans l'instant, il faut sans cesse le rechoisir, et le pratiquer. Un exercice qui devient concluant dans le petit instant a plus de chance d'ancrer en nous une certitude profonde. Je crois que c'est seulement ainsi qu'on peut finir par installer en nous un réflexe de bonheur, et être moins désarçonné par les blessures qui vont périodiquement venir secouer notre conviction d'être aimé et d'être aimable. 

Ceux qui ont lu le Feuillet 4 Permettre à la vie de m'aimer, où j'ai évoqué déjà ces réflexions, peuvent mieux comprendre que j'aie cherché à le traduire en un exercice du quotidien comme celui-ci.

 

DES RÉSULTATS TANGIBLES ?

Oui ! Depuis que je pratique ce type de respiration, les résultats sont palpables.  Les moments d'attente ne me paraissent plus inutiles: c'est l'occasion de me recentrer. Les instants de solitude me pèsent moins : je ne suis jamais seul. Je capte le côté utile des moments de souffrance : elle me sert à apprendre quelque chose, ou je peux la faire servir à quelqu'un d'autre. 

Au total ce qui change en moi, je crois, c'est la sécurité. J'en arrive à moins craindre que les événements aient le dernier mot sur ma vie, et à croire davantage que la force de mon état d'esprit m'amènera au meilleur, quoi qu'il arrive.

Ceci me rappelle une phrase tirée d'un livre qui m'a passionné: La force intérieure. L'auteur a eu cette expression magique, que je me répète quelquefois dans les moments de doute, assimilant au divin tout ce qui est amour reçu, amour donné :  « Dieu et vous êtes la majorité! »

Christophe Élie

 

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Le site GRANDIR est édité par l'Association GRANDIR, QUÉBEC
http://www.sitegrandir.com

N'hésitez pas à reproduire nos textes, en indiquant la source.
 v2005-01-01

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