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Plus forts que le cancer... ensemble
Partie
1
Batailler pour la vie
« Le
corps et l'esprit sont étroitement liés
et s'influencent l'un l'autre.
C'est pourquoi, aussi grave que soit votre maladie,
ne perdez jamais espoir. »
Le Dalaï-lama
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Avez-vous déjà rencontré en chemin des gens rayonnants, qui
auraient tout pour être angoissés, alors que ce sont eux qui vous remontent le
moral ?
André et Agathe M. sont de cette trempe.
Tout commence au printemps 2005 : Agathe a des maux assez inexplicables. Elle
finit par apprendre qu'elle est atteinte
d'un cancer déjà très avancé, que les experts considèrent irréversible. Elle et
André décident de miser sur leur foi. Autour d'eux se crée peu à peu un
réseau d'amitié et de spiritualité qui étonne, non seulement par sa vitalité,
mais par l'effet d'entraînement sur d'autres qui, eux, avaient baissé les bras devant leurs
propres difficultés. À quoi s'attendre ? Les trois enfants n'ont encore que 5 à
8 ans : comment leur en parler ? Et comment tenir bon quand les émotions sont
comme un yoyo, renvoyées d'une bonne nouvelle à une déception ?...
La chronique qu'a rédigée en chemin André,
et qu'il transmet par courriel aux amis, aide à suivre pas à pas l'évolution de
leur combat. André nous a permis d'en livrer des extraits ici. Une locomotive
d'espérance...
Denis Breton
---+---
7 mai 2005
J’ai un cancer. Je dois passer un examen mardi qui nous donnera la majeure
partie des réponses. J’en aurai les résultats à la fin de la semaine prochaine.
On veut vérifier si la diminution des globules rouges est due à un saignement
dans le côlon droit. Si c’est le cas, j’ai cru comprendre qu’ils peuvent quelque
chose. (...) Cet examen va aussi permettre de savoir s’il s’agit d’un cancer du
pancréas avec extension au foie ou un cancer des lymphes. Dans le premier cas,
c’est un cancer qui ne permet pas une espérance de vie bien longue… Dans le
deuxième cas, on parle d’un « cancer des ganglions », d’un lymphose ? (...) Dans
mon cas, un cancer des ganglions serait une bonne nouvelle! Alors c’est ce qu’on
en est rendu à souhaiter…
Vous comprendrez que
nous vivrons une période de repli avec nos enfants. Ces derniers ont besoin
d’être protégés dans ce qui nous arrive. Ils ne le savent pas encore, nous
leur apprendrons graduellement au courant des prochains jours ou prochaines
semaines. Je compte donc sur votre discrétion et votre support dans cette
épreuve. (...) Nous vous dirons lorsque nos enfants sont au courant. Nous leur
annoncerons que j’ai un cancer et que oui je peux en mourir mais que nous ne
connaissons pas encore l’échéance.
(...) Nous soulignerons
la fête de notre petite C. en même temps que la fête des mères. Elle souhaitait
vraiment cela et ce sera important que nous leur fassions connaître tous les
moments de bonheur possible.
Nous aurons aussi besoin
de beaucoup de temps entre nous pour digérer tout ce qui nous arrive. (...) Ne
vous étonnez pas de ne pas toujours avoir les nouvelles « fraîches ». Nous
aurons probablement parfois des crises plus urgentes à gérer. Donc l’information
viendra (...) lorsque nous en serons capables physiquement et émotivement...
Merci de votre respect,
de votre compréhension, de votre disponibilité, de vos prières, de votre amour.
Agathe et André
9 mai 2005
Bonjour tout le monde,
La
première chose pour vous dire que vous êtes tous extraordinaires dans le support
que vous nous apportez et la générosité dont vous faites preuve à notre égard.
Sous une forme ou sous une autre vos mots d’encouragement, vos offres pour
aider, votre support moral, l’énergie que vous communiquez pour encourager
Agathe à se battre pour la vie, et chacune de vos prières, sont inestimables
pour nous dans ces moments qui nous charrient l’émotion. Vous ne pouvez pas
savoir jusqu’à quel point cela est important de réaliser tous ces gens qui sont
là derrière nous; nous ne pourrons jamais vous dire un merci à la mesure de ce
que ça représente réellement. (...)
Nous
avons passé la journée à l’hôpital (...). Il [en ressort] deux
possibilités (...) : un cancer du pancréas (...) ou un cancer des lymphes (...).
Bon
bien c’est pas mal la topo des prochains jours. Il faut continuer à prier fort
fort fort. La biopsie de mercredi et les analyses qui vont suivre sont
importantes, critiques... On vous tiendra au courant dès qu’il y a de nouvelles
informations, bonnes ou mauvaises; mais elles seront bonnes, il faut y croire,
c’est important d’y croire.
Au-delà de tout cela, si il est une chose importante que nous vous demandons de
faire en pensant à nous très fort et particulièrement à Agathe, c’est d’aller
tout de suite trouver votre conjoint(e), chacun de vos enfants (pour ceux qui en
ont), ceux que vous aimez d’une façon ou d’une autre, et de leur donner un
baiser rempli de tendresse et d’amour. Dîtes-leur que la vie ne serait pas la
même sans eux et que chaque journée que Dieu nous donne ensemble mérite d’être
vécue avec l’Amour au fond du cœur. Tout le reste est bien futile… Comme disait
Yves Duteil, la vie a la beauté du regard qu’on y pose, alors ayez de beaux
regards sur elle…
On
vous aime fort et on vous remercie d’être là.
Agathe et André

10 mai 2005
(...) J’ai passé un taco de la gorge et du thorax pour voir l’étendue des métastases
cet après-midi. (...)
il existe un médicament
curatif, et non pas seulement palliatif, pour le cancer du pancréas à un stade
avancé. Ce médicament n’est pas approuvé (...) [mais] il est parfois accepté
qu’on donne un traitement non encore approuvé (...) par compassion. Ce qui me
donne espoir de lutter pour autre chose que de frapper un mur, à plus ou moins
brève échéance, mais de lutter pour guérir ! Évidemment, l’idéal sera de ne pas
avoir à s’en servir, mais si les conclusions sont celles-là, qui est le pire de
tous les scénarios, alors il n’y a plus rien à perdre, seulement des jours, des
semaines, peut-être des mois, pourquoi pas des années à gagner de vie avec nous,
de vie avec vous. Ça semble épeurant de voir cela de cette façon là, mais pour
ceux qui ont lu le livre de Marc Levy, vous comprendrez que le plus beau de tous
les cadeaux qui nous recevons tous quotidiennement du Grand chef en haut, se
résume au chiffre 86,400… allez-y, réfléchissez un peu… j’imagine que vous avez
trouvé… tous les jours Dieu nous donne 86,400 secondes de vie. Chacune de ces
secondes nous est donnée pour apprécier tout ce qui nous entoure, les
merveilles de sa création et surtout les gens qui nous côtoient. Pensez-y, quel
cadeau extraordinaire… (...)
Demain c’est une grosse journée d’examens : biopsie au foie, en avant-midi, pour
permettre au pathologiste de déterminer le type de cancer et
« colonoscopie longue», en après-midi, pour vérifier la présence d’un
saignement obscur dans le côlon.(...)
Entre demain et lundi ou mardi prochain, c’est là que beaucoup devrait se jouer.
Disons qu’on risque d’être pas mal nerveux au moment où ils vont demander à
Agathe d’aller à l’hôpital pour annoncer les résultats d’analyse. Je pense que
dans l’échelle du stress, ça doit être pas mal le max… d’ici là, il s’agit de
persévérer dans la prière, nous sentons que c’est une force incroyable et ça
encourage Agathe. (...)
Nous vous
embrassons,
Agathe et André
11 mai 2005
Bonsoir tout le
monde,
Si vous pouviez tous voir
les messages d’encouragement que nous recevons, vous ne le croiriez pas. Vous
êtes tous et chacun, des gens absolument extraordinaires. Vous nous portez par
vos prières. Vous portez Agathe dans vos cœurs et dans vos pensées et elle en a
besoin. Sa confiance est si fragile, son inquiétude est si grande. Dans la
situation actuelle, c’est certain qu’elle vit (nous vivons) une angoisse qui
fait mal. Mais tous vos bons mots, toutes vos pensées positives, tous les actes
de solidarité, si petits soient-ils, pour créer une communion avec Agathe et ont
un effet extraordinaire sur elle, sur nous... Lorsque l’on dit que la foi peut
déplacer les montagnes, ça doit être ça.
Aujourd’hui a été une très
grosse journée pour Agathe. J’arrive tout juste de l’hôpital (...).
La première
intervention(11h00) a été la biopsie au foie. Le docteur Lamarre qui a effectué
l’intervention était d’une extrême délicatesse. Une super empathie,
particulièrement dans le contexte. Il a grandement contribué à nous encourager
les deux, tout en demeurant réaliste… (...) La deuxième intervention(début PM)
était la colonoscopie. Celle là a été un ''ti-peu'' plus douloureuse… (...)
Demain ou bien vendredi sera
la journée ou le médecin devrait nous dire ce que les tests ont donné. Il faut
croiser les doigts très forts pour que ce soit le moins loin possible dans le
spectre des mauvaises nouvelles. À partir de là, il faudra se battre…Quand
Agathe sentira toute cette énergie pour l’accompagner elle ne pourra avoir
qu’envie de se battre.
Hier soir je suis allé
prier sur la tombe de Monsieur B [père d'Agathe] en lui demandant d’aller jaser
avec Jésus pour qu’il nous laisse Agathe ici. J’ai dit à Monsieur B. qu’il
pouvait bien patienter encore quelques années avant de rejouer aux cartes avec
elle, ce qu’il aimait tant faire. Je lui ai aussi demandé un signe pour me dire
qu’il était là, pas loin… J’ai levé la tête au ciel dans le cimetière. Je
cherchais la planète du Petit Prince. Vous savez, il est toujours là quelque
part et il nous sourit. Quelques secondes après, j’ai vu un satellite passer
très haut et très lentement dans le ciel. C’est spécial à mes yeux parce que
c’est justement Monsieur B. qui m’a montré les premiers satellites que j’ai
observés il y a de cela plusieurs années. C’est peut-être un simple hasard, mais
je suis convaincu qu’il est là-haut et qu’il nous entend. Il aimait Agathe
profondément et je suis certain qu’il va penser à elle et qu’il va la protéger.
Bonne nuit, nous vous
aimons fort.
Agathe et André

12 mai 2005
Bonsoir tout le monde,
Merci pour
les bons mots d’encouragement et toutes les prières qui sont faites, il ne faut
pas lâcher. On se tient avec ça… Où en sommes-nous ce soir ? on a avancé dans le
sens où il y a un début de diagnostic qui a été posé aujourd’hui (...). Il
semble que ce soit un cancer classé dans la catégorie « agressif » (...).
Ce
n’est pas jojo comme qui dirait. Une fois ceci dit, le moral d’Agathe est tout
de même bon, toute proportion gardée comte tenu des nouvelles. Elle est
absolument extraordinaire, et elle est mariée avec moi, donc je suis forcément
aussi extraordinaire… ben voyons, je fais des blagues… et c’est une autre chose
importante, il faut trouver le moyen de rire au travers de tout ça, sinon, on ne
passera pas au travers. Agathe rit régulièrement de ce rire que vous lui
connaissez tous. Même que des fois, je me demande si ce n’est pas de moi qu’elle
rit…
C’est
certain que ça remet des choses en perspectives de façon extraordinaire, mais
disons qu’on va savourer tout ce qui nous arrive comme jamais. On va vivre un
jour à la fois, comme ça devrait toujours être de toute façon. Je me suis permis
de vous mettre en annexe une petite photo prise il y a un mois lorsque nous
étions à la Guadeloupe. Nous y avons passé des moments en famille
extraordinaires et Dieu sait que je ne regrette pas que nous y soyons allés.
Agathe était heureuse avec nous et nous étions heureuse avec elle. Et c’est pour
vivre d’autres beaux moments comme cela qu’elle va se battre, que nous allons
nous battre avec elle. Profitez du temps qui passe avec vos proches, profitez
de tous les beaux moments qui vous sont offerts au quotidien, appréciez chacun
des couchers de soleil que vous voyez et chacune des fleurs que vous sentez. La
vie est extraordinairement belle, c’est seulement qu’on va souvent trop vite
pour l’apprécier à sa juste valeur.
On
vous aime fort, et merci d’être là.
Agathe et André
14 mai 2005
Bonsoir tout le
monde,
Heureux d’être de nouveau là ce soir pour vous raconter ce qui arrive avec ma
petite Agathe. Une grosse semaine de complétée. Pleine d’émotions, de tristesse,
de montagnes russes entre le rire et les pleurs. Mais grâce à vous tous, ça va
mieux. Grâce à vos courriels d’encouragement, de solidarité, d’offre d’aide, de
prière, et j’en passe, le moral est tout de même très bon, vraiment. Il y a des
gens de partout dans le monde qui prient pour Agathe. Je ne compte plus à
combien de congrégations religieuses on est rendu dont les prières quotidiennes
portent Agathe. (...)
Vous
savez, malgré l’ampleur et l’intensité de cette mauvaise nouvelle, il faut
encore savoir rire, sinon le quotidien sera un enfer. Le moral et l’attitude
sont essentiels pour passer au travers d’une telle épreuve.
Au-delà de tout ça, une seule chose est certaine, c’est que cette épreuve aura
changé la perspective de bien des gens sur la façon de voir le monde, les
beautés de la nature, la vie dans son ensemble. En tout cas, ça contribue
certainement à enrichir la nôtre et à continuellement nous aider à refocuser sur
toutes les beautés qui nous entourent(beaucoup d’intensité…).
Grâce
à vous, votre accompagnement et à vos encouragements, Agathe se sent le courage
de se battre pour la vie, pour sa vie. (...)
Nous
vous aimons très très fort et avons hâte de vous serrer dans nos bras. Dieu vous
garde.
Agathe et André

16 mai 2005
Bonsoir tout le monde,
En espérant que les
semaines se suivent mais ne ressemblent pas… La dernière fut bien difficile sur
plusieurs aspects, mais néanmoins, nous avons beaucoup cheminé et nous sommes
beaucoup plus en mesure de parler de la maladie. C’est probablement le début de
la bataille qui commence; il faut connaître l’adversaire et le comprendre; voir
ses faiblesses et l’attaquer exactement par où il ne nous verra pas venir. Je ne
verrais pas pourquoi on se gênerait, c’est ce que l’on s’est fait faire…
Les
prochaines lignes sont d’Agathe. Elle a écrit cela ce matin lorsque nous étions
à l’hôpital…
Bonjour à tous,
Je suis en attente pour
retourner en médecine nucléaire. Moi qui n’ai jamais aimé être à l’avant-scène,
je suis « photographiée », d’un bord puis de l’autre, à l’endroit à l’envers…
(...)
Samedi matin, A. [8
ans] est venu nous rejoindre au lit où nous avons discuté de ma maladie, des
implications et de l’échéance « statistique ». Le fait qu’Antoine ait fait sa
première communion cette année, qu’il ait entendu parlé de Jésus, de la Vie et
de la mort, nous donne une chance pour le rassurer sur ce qui arrive au-delà de
la mort.
Puis J. [6 ans] s’est
jointe à nous et s’est fait annoncer la nouvelle un peu « brusquement » par
Antoine : maman a le cancer, elle va mourir!
Le drame de J. c’est
que maman perde ses cheveux. Avec la tignasse que Juliette a, vous comprenez que
pour elle, c’est tout un stress : elle a tellement hâte de se faire des lulus!
(...)
Quant à C. [4 ans] elle
vit dans le moment présent. Mais elle est plutôt logique : « tu n’es pas vieille
pour partir ». Je lui ai expliqué que ce n’est pas nous qui décidons, ce n’est
pas une question d’âge…
Les enfants sont
extraordinairement ancrés dans la réalité et le temps présent :
« Papa est-ce que tu
vas te remarier? »
« Qui est-ce qui va
s’occuper de nous? » (...)
Pour eux, un an c’est
loin ! Et pour nous aussi…
À
lecture de ces quelques lignes, je pense que vous avez le reflet absolument
exact de ce qui se passe chez nous. Malgré tout le poids que peut représenter
une telle nouvelle, nous commençons à apprendre à vivre avec cette dure réalité
sans dramatiser au quotidien, ce que je crois être fondamental. Je vous ai
souvent parlé du rire et de son importance. Vous voyez qu’Agathe n’a pas peur de
blaguer autour de tout cela et c’est comme cela que ce doit être…L’épisode des
enfants qu’elle raconte si bien a été un peu magique. Comme par hasard, ils sont
venus un après l’autre, et ont posé leurs questions. Il y aura sûrement des
moments plus difficiles pour eux dans les prochains mois au travers des
traitements et des différentes périodes de stress que nous aurons à traverser.
Mais pour l’instant, c’est comme si on ne pouvait pas vraiment espérer une plus
belle réaction puisque très sereine et empreinte d’amour très pragmatique pour
leur maman. Ils ont tous eu de belles réflexions, A. mentionnant qu’il préférait
voir maman au côté de Jésus dans le paradis plutôt que de la voir souffrir d’une
maladie grave sur terre; c’est quand même bien de pouvoir dire cela à 8 ans avec
un visage plein de sincérité. C’est le cœur d’un enfant qui aime sa maman qui
parlait.
Pour
ce qui est du remariage dont les enfants parlent, je voudrais tout de suite
faire taire les langues sales qui vont se faire un plaisir de commérer; ça fait
21 ans que je suis avec Agathe et j’ai fini par la mettre à ma main, il y a à
peu près 3-4 mois; alors j’ai bien l’intention de travailler de toutes mes
forces pour l’appuyer, l’accompagner, la seconder dans tout ce qu’elle voudra
entreprendre pour avoir le dessus sur cette maladie. Simplement parce que je
l’aime très fort et qu’elle est unique au monde. (...)
C’est
certain que malgré la confiance et le moral que nous avons, nous demeurons très
fragiles… alors les montagnes russes, c’est plaisant dans les parcs d’amusement,
mais lorsqu’on parle des émotions, c’est pas pareil… (....)
Il y a
une infirmière (d’un certain âge) qui est venue nous voir pour nous souhaiter
bonne chance et …c’était sincèrement touchant. Elle avait les yeux dans l’eau en
nous parlant et Agathe lui a dit de bien belles choses. On a des promesses de
faites d’aller les saluer à chaque printemps pour leur dire comment la vie est
belle…
Par la
suite, ça s’est terminé avec le gastro-entérologue (Docteur Gagnon) de qui nous
ne pouvons faire que des éloges. Malgré un horaire infernal, il a pris le temps
de venir nous voir pour saluer Agathe et lui souhaiter bonne chance. Il nous a
dit de ne jamais nous décourager et avait un sourire et une attitude qui nous a
beaucoup touchés; sa façon d’être ne s’écrit pas, elle se vit… Il a insisté pour
que nous le tenions au courant de comment le cas d’Agathe évoluerait, comme si
il croyait, ou aimerait bien se faire dire un jour qu’elle est complètement
guérie… Peu importe où, quand et comment se finira cette saga, je pense que
ç’aura été l’occasion pour nous de rencontrer des gens merveilleux qui se
donnent beaucoup pour les autres, et qui au travers de moments très difficiles
pour nous, aurons su nous donner le sourire et les mots qu’il fallait pour que
nous gardions l’espoir. Car pour l’instant, tout repose sur l’espoir car les
faits demeurent très inquiétants.
Agathe
devrait être à la maison dans les prochains jours pour refaire ses forces, et
engraisser… oui,oui, j’ai bien dit engraisser… Ça a l’air qu’il vaut mieux
prendre du poids avant de débuter les traitements de chimiothérapie, alors elle
veut s’en donner à cœur joie (côté poids); c’est rare que je l’ai entendue dire
ça. Mais de grâce, ne vous sentez pas obligés de vous taper un cancer pour
pouvoir avoir le droit d’engraisser…Il y a des moyens beaucoup moins
stressants.
On
vous aime tous fort fort fort et merci de continuer vos prières. Agathe, moi et
les enfants allons continuer d’en avoir besoin. Comme dirait mon papa, on est
loin d’être sorti de l’auberge; c’est seulement qu’on essaie de garder le moral
malgré la tempête, alors S.V.P. ne nous abandonnez pas…
Agathe, André et les enfants… XXXXXXX

18 mai 2005
(...)
Nous sommes toujours en attente des résultats finaux des tests en pathologie
pour éventuellement déterminer de façon finale l’origine primitive du cancer.
Ces tests devraient sortir d’une journée à l’autre. Pour l’instant, l’opinion
des experts demeure qu’il s’agirait d’un cancer du pancréas avec extension au
foie. (...)
D’ici là, ben la vie
continue et les enfants bourdonnent de vie autour de nous; de quoi stimuler une
maman à plein et lui donner le goût de se battre. Nous continuons à recevoir
vos messages d’encouragement et si vous saviez comment ils sont importants pour
nous. Sur le plan médical, malgré une apparence d’accalmie depuis quelques
jours (ça fait du bien croyez-moi), il reste que les plus grandes batailles
sont à venir, alors de grâce, ne nous laissez pas tomber dans vos prières.
Agathe en particulier a des forces parce qu’elle se sent portée par vous tous
qui pensez à elle et lui envoyez des ondes positives. Nous sommes optimistes
malgré l’inquiétude. Ça nous ramène à garder près de nos cœurs la phrase
célèbre d’Horace « Carpe diem », c’est-à-dire « cueille le jour »; profite de
chaque instant que la vie t’offre pour en apprécier toutes les beautés et les
merveilles; je suis tombé complètement par hasard sur le petit texte qui suit
écrit par une pure inconnue(Gwendoline
Huang) mais qui a
mon sens a trouvé les mots justes pour refléter le sens profond de ce que ça
veut dire au quotidien :
«
Sept heures du matin. Non, n’ouvrez pas les yeux tout de suite. Éveillez
d’abord vos autres sens. Tendez l’oreille et écoutez… le chant d’un oiseau, le
rythme des gouttes de pluie, les rafales de vent ou le doux murmure des gros
flocons de neige. Respirez paisiblement… sentez l’air pénétrer dans vos
poumons et vous donner vie... puis ouvrez les yeux. La journée passe vite :
travail, études, fatigue. Mais avez-vous déjà senti la douceur des rayons du
soleil vous envahir au point d’en oublier le froid hivernal? L’odeur d’un bon
repas chaud éveiller vos papilles? Le souvenir du goût et de la saveur d’un
mets délicieux vous mettre l’eau à la bouche?... Il fait déjà nuit. Que le
temps passe vite… Mais remarquez la beauté de ce ciel infini, éclairé de ses
points scintillants et de sa lune majestueuse. Nous sommes si petits dans
l’univers, et pourtant… la nature nous gâte en nous permettant de la
découvrir, de la savourer, de la sentir, de la toucher, de la voir et de
l’écouter. Simplicité et Beauté. Le temps passe, les jours défilent, les rides
creusent lentement des vallons sur notre visage. Mais il est toujours temps…
« Je veux que ma vie soit
extraordinaire.» Voilà ma pensée. Et pour y contribuer, j’essaie de me souvenir
de tous ces moments que l’on oublie si vite et qui représentent pourtant
tellement, autant pour notre présent que pour notre avenir : le sourire, le
regard, les gestes et la voix d’un être aimé, la naissance et le développement
d’une amitié, les conversations enjouées, la tendresse et les conseils d’un
parent, le bonheur de voir une guerre se terminer…
Quand on ne verra plus que des
vallons sur mon visage, j’aurai un sourire au coin des lèvres, car je me
souviendrai. J’aurai sûrement quelques regrets, mais je saurai que j’ai tout
fait pour vivre pleinement ma vie.
Croquez la vôtre à pleines dents. N’ayez pas peur, ce n’est pas elle qui va vous
mordre! Sachez apprécier ce qui en vaut la peine. Le bonheur est parfois si
simple à voir et à avoir… »
Voilà,
c’est ce que nous avons dans le cœur et dans la tête. C’est le genre de
réflexion qui nous habite ces jours-ci et c’est l’attitude que nous devrions
toujours avoir, tous et chacun, tous les jours de notre vie… La vie, c’est un
cadeau du ciel qui peut nous être repris à tout instant, alors prenons en grands
soins. Prenons également soins de ceux qui nous sont chers et n’hésitons pas à
leur dire aussi souvent que l’envie nous prend jusqu’à quel point ils sont
importants pour nous et combien on les aime.
En
tout cas, nous, on vous aime fort, merci d’être là avec nous.
Agathe et André

20 mai 2005
(...)
La
conclusion des pathologistes était que ça demeurait toujours un cancer de type
« non différencié », c’est-à-dire que toutes les « colorations » (...) ne
permettent pas d’associer ce qu’ils ont analysé avec une glande en particulier.
(...)
Tous les gens du milieu
(...) qui nous ont parlé du Docteur Couture n’ont eu que des bons mots sur ses
connaissances médicales et sur sa façon très humaine de traiter ses patients
alors je crois qu’Agathe sera entre de bonnes mains. (...) Si on combine ça à
l’intervention divine qui est attendue par toute la famille, ça risque de faire
des ravages tout à l’heure…
D’ailleurs, je vous mentionne quelque chose simplement pour rigoler et parce que
je sais que quelques-uns d’entre vous se sont posé la même question. Étant donné
qu’Agathe va guérir, et que par conséquent ça deviendrait un miracle. Compte
tenu de la quantité de « dignitaires célestes » qui sont invoqués pour obtenir
un miracle (Saint-Antoine de Padoue, Jean-Paul II, Dina Bélanger, Saint-Joseph,
et plusieurs autres…), à qui sera attribué le « crédit » du Miracle ?… Je ne
sais pas trop comment ça marche dans ces situations là, mais disons que ça va
nous faire plaisir de comprendre la mécanique en temps opportun (le plus tôt
sera le mieux)… (...)
Les
enfants sont toujours autour de nous, plein de vie, avec toutes sortes de
réflexions qui nous rendent plutôt fiers d’eux dans la façon de parler de ce qui
arrive avec Agathe. Ils ont à l’occasion des beaux mots remplis de tendresse qui
viennent directement de leur cœur et qui ont toute la candeur d’un enfant. Bien
qu’ils en parlent ouvertement, c’est certain qu’ils ne réalisent pas toute
l’ampleur et la gravité de ce qui se produit, mais c’est mieux comme cela, car
il serait très triste, et au fond, ça ne changerait rien à la situation… D’un
autre côté, nous avons probablement encore beaucoup à apprendre d’eux car c’est
souvent eux qui comprennent le mieux comment vivre intensément l’instant présent
sans continuellement se soucier du lendemain. Demain est un autre jour, comme on
dit. Alors, tout cela ne fait que renforcer le fait que c’est important de
prendre toute notre énergie pour vivre à fond le moment présent car demain
prendra soin de lui-même… et à combien de demain aura t’on droit ? Ça on ne le
saura jamais… alors profitez donc d’aujourd’hui… Serrez fort dans vos bras ceux
que vous aimez dès que vous le pouvez et aussi souvent que votre cœur en a
besoin.
S.V.P.
continuez à prier pour Agathe. C’est sans aucun doute la chose que je l’entends
répéter le plus souvent dans la journée et qui lui redonne la plus grande
confiance lorsqu’elle est triste ou inquiète. Je vous le répète souvent, mais ce
n’est que pour vous redire combien c’est important. Priez qui vous voulez. Priez
comme vous voulez. Priez quand vous voulez. Mais priez pour qu’elle ait le
courage de passer au travers de toute cette épreuve. Il faudra qu’elle se sente
portée dans les bras Jésus lorsqu’elle ne sentira pas la force de se porter
elle-même; et ça il n’y a que la prière qui puisse faire cela; et elle compte
sur vous.
Encore
merci pour tous vos petits mots d’encouragements, ce sont des paroles qui sont
inestimables dans les circonstances. On les lit et on les relit... Étant donné
qu’il n’y aura rien de spécial en fin de semaine, nous vous redonnerons des
nouvelles lundi soir.(ou au plus tard mardi soir, au retour de Sherbrooke).
On vous
aime fort.
Agathe
et André

--- + ---
24 avril 2006
André a été invité à réagir à ces extraits de sa chronique. Ils lui
ont donné l'occasion de prendre le recul d'une année. Voici ce qu'il nous a
répondu :
Je revis plein
d’émotions en relisant les textes choisis ici. (...) Une chose est certaine, dès le début
nous pensions qu’il était important de communiquer avec justesse ce qui nous
arrivait et les sentiments que nous éprouvions au fur et à mesure. Cela permet
aux gens qui nous en parlent de connaître l’histoire mais aussi, de parler de
l’essentiel et de surtout qu’ils n’aient pas peur de nous en parler.
L’idée c’est
de partager un morceau de vie en se disant que les mots parfois durs à trouver
dans ces circonstances, pourraient peut-être aider d’autres gens qui traversent
eux aussi des moments difficiles. L’entraide, c’est une roue qui tourne. Je
crois que le fait d’écrire l’histoire d’Agathe a été une des décisions les plus
importantes que nous avons prises.
Bien des
choses ont évolué au fil du temps depuis le début de la maladie d’Agathe, mais
une chose est certaine, c’est que tout l’Amour des gens fait qu’elle se porte
mieux tous les jours, et cela en soi est un miracle par lui-même.
André

4 mai 2006
Bonsoir tout le monde,
(...) Plus de 5 semaines sans vous écrire, c’est un record. J’espère que vous
vous êtes habitués avec le temps à déduire que plus le temps s’espaçait entre
les messages, plus c’était bon signe. (...) Plus les jours avancent et mieux
Agathe se porte, n’est-ce pas fantastique ? À vrai dire, je ne sais pas quand
nous aurons officiellement le droit d’appeler cela un miracle, mais dans notre
cœur, et dans notre esprit, c’en est déjà un…
En fait, pour ceux qui suivent l’aventure d’Agathe depuis le début, le 4 mai
2005 est la date à laquelle elle était entrée à l’hôpital simplement parce
qu’elle se sentait essoufflée. Il faut dire que ce n’était pas un petit
essoufflement en monde, mais tout de même…Trois jours plus tard, nous apprenions
qu’il y avait un haut niveau de probabilité qu’elle ait un cancer du foie ou du
pancréas. Deux semaines et de nombreux tests plus tard, nous nous faisions
confirmer la sévérité du diagnostic avec un pronostic de vie d’un an au maximum.
En tenant compte de la nature de la maladie et des organes touchés, nous étions
en droit d’imaginer le pire. Les premières heures, les premières journées furent
sans doute les pires de notre vie sur le plan émotif. Mais par la suite, la foi,
la solidarité et l’attitude aidant, nous avons décidé d’adopter une ligne de vie
qui nous permettrait de vivre les journées une à la fois et d’en apprécier les
merveilles une par une. Au mois d’août dernier, nous apprenions que les
traitements de chimio n’avaient donné aucun résultat et qu’en fait, la maladie
avait progressé de façon suffisamment significative pour que les traitements
médicaux soient arrêtés. Ouch, c’était comme si tout était à nouveau en train de
s’écrouler sous nos pieds… Mais malgré une grande inquiétude devant la
situation, nous avons décidé de garder le cap; surtout, ne jamais abandonner…
Alors, c’est avec la sérénité au fond de notre cœur que nous nous sommes dit
que, malgré tout le respect que nous avions pour le corps médical (et que nous
avons encore), le plus grand médecin n’est pas sur la terre.
Ça fait donc 1 an le 4 mai que toute cette malheureuse histoire a commencé et,
de façon un peu paradoxale, nous pourrions être tentés de prétendre qu’il s’agit
d’une année extraordinaire où il nous a été donné de vivre des moments d’une
rare intensité, remplie de tellement d’instants tout simplement heureux.
Pourquoi cela ? Peut-être parce qu’en de telles circonstances, on ne voit plus
la vie ni les gens de la même façon. Peut-être parce que l’on prend plus le
temps de s’attarder aux choses qui sont vraiment importantes. Il y a tant de
belles choses autour de nous tous les jours de notre vie, c’est simplement
qu’avec les années, nous ne les voyons plus, nous sommes trop sérieux, nous
sommes trop occupés avec les choses que nous prétendons importantes (ne vous en
faites pas, nous sommes comme cela nous aussi…). Et pourtant, si on vous
demandait tout de suite qu’est-ce qui compte le plus dans votre vie, quelle
serait votre réponse. Combien de temps de qualité avez-vous récemment consacré à
ce que vous prétendez être ce qui compte le plus pour vous. Vous n’avez qu’à
regarder les petits enfants et vous en inspirer; car eux ils savent comment
faire pour s’émerveiller des petits riens qui sont sur leur route tous les
jours. Eux savent prendre du temps pour ce qui compte dans leur vie. Ce sont des
maîtres dans l’art de s’émerveiller des choses simples. C’est en vieillissant
que l’on trouve le moyen de tout compliquer...
Mais finalement, comment va Agathe ? Elle va merveilleusement bien. À peine un
petit malaise de temps en temps, sans plus. Dans le genre quelques petites
douleurs dans le ventre, mais très occasionnelle. Question de mettre les choses
en perspectives, il n’y a aucune commune mesure, ni en fréquence, ni en
intensité, avec ce qu’elle a vécu à pareille date l’an passé. Comment cela se
fait-il ? Il n’y a plus de médications depuis 8 mois; non par choix, mais par
obligation.... Seulement de l’acupuncture, du Reiki, une nutrition ajustée, de
la méditation (un « t » comme dans esprit au lieu d’un « c » comme dans
corps...) et surtout beaucoup d’amour et de prières pour que le meilleur arrive
pour Agathe et pour les gens qui l’entourent…et vous en faites partie. On peut
dire que notre foi aura (et est encore tous les jours) mise à l’épreuve comme
elle l’aura jamais été. Cette date anniversaire est d’ailleurs source de d’une
grande émotivité pour Agathe qui a revu passer le film de la dernière année en
se demandant souvent à plusieurs reprises où cela la mènerait ? Chaque saison
est si belle lorsque l’on pense peut-être la voir pour la dernière fois… (...)
Comme vous voyez, la vie continue; dans 2 jours, notre petite C. aura 6 ans.
Elle a commencé à lire des livres toute seule et nous épate par l’intérêt
qu’elle porte à la lecture. Elle est en train de découvrir un nouveau monde qui
lui était inaccessible il y a quelques semaines à peine. Comme quoi notre vie
peut radicalement changer dans l’espace de quelques jours. Pensez-y, ce que
représente la possibilité de savoir lire… Nous l’avons oublié, mais c’est un
privilège extraordinaire.
J’ai eu récemment l’occasion de relire plusieurs des courriels que j’ai envoyés
dans la dernière année et je dois vous dire que certains m’ont remué un peu
l’intérieur. Je me voyais revivre certains moments qui n’ont pas été toujours
faciles et il y a certains jours que j’aime mieux savoir derrière nous. C’est
qu’au moment où on les écrit, on ne sait jamais ce qui va vraiment se produire
et malgré tout l’enthousiasme et l’espoir qu’on a dans le cœur, on se permet de
douter. Et pendant un instant, on manque de foi, puis on se ressaisit et on se
dit qu’il ne faut pas perdre l’objectif de vue, ne jamais abandonner, avoir
confiance…
Si il est une chose que je ne voudrais pas faire c’est vous tenir un discours de
morale ou essayer de vous convaincre de quoi que ce soit. Agathe et moi n’avons
jamais eu cet objectif depuis les tout premiers moments où nous avons choisi de
partager l’histoire de ce qui arrivait à notre petite famille. Au-delà de donner
des nouvelles de l’état de santé d’Agathe, nous souhaitions partager en toute
simplicité et en toute candeur ce que nous traversions afin de donner l’espoir à
d’autres qui n’avaient peut-être pas la même chance que nous d’être aussi bien
entourés par des gens comme vous tous qui vous êtes souciés d’elle. (...)
Lorsque l’on traverse des épreuves qui nous semblent insurmontables, il n’y a
rien au monde qui puisse être plus puissant pour nous aider à passer au travers
que de savoir que quelqu’un d’autre y est déjà arrivé. Ce qui compte avant tout,
c’est de savoir que c’est possible; le chemin pour y arriver n’est pas toujours
le même pour tous. Pour nous, celui de la foi reste l’élément le plus
fondamental qui nous permet d’être convaincus que ce que nous demandions en
prière, nous l’avons déjà reçu. Chaque jour qu’il nous est donné de vivre est un
don de Dieu, un cadeau inestimable. Si vous pensez que j’exagère, posez-vous
honnêtement la question de ce que serait un cadeau plus précieux que celui de la
vie. Et pourtant, à tout instant, il peut nous échapper car nous n’avons pas le
contrôle sur ce passage.
Alors il faut se dire, et se redire encore, que
la vie se vit simplement, au quotidien, en prenant soin d’apprécier l’instant
présent, sans regretter hier et sans se soucier de demain non plus. Nous avons
tous reçu un don merveilleux, celui d’aimer. C’est important de se souvenir que
le verbe aimer est un verbe d’action; c’est une décision consciente que l’on
prend. Le choix d’aimer, plutôt que de haïr, est probablement le choix le plus
généreux que nous pouvons poser pour faire du bien autour de nous et ainsi
rendre la vie plus heureuse a ceux qui nous sont chers. Il y a un an, je pensais
perdre trop vite quelqu’un qui m’est infiniment précieux. Aujourd’hui, je sais
que nous ne sommes pas au bout du chemin et qu’Agathe est là pour vivre encore
longtemps. A. [9 ans] me disait ce soir en s’endormant qu’il était heureux de
voir que maman était encore avec nous et que ça lui faisait beaucoup beaucoup
beaucoup plaisir… à lui et à bien d’autres.
Encore une fois, merci d’être là. Merci pour tous vos bons mots et vos
gentillesses; pour toutes vos prières et vos bonnes pensées. Prenez du temps
pour ceux et celles que vous aimez; prenez du temps pour vous aussi car, si vous
êtes heureux, vous rendrez ceux que vous aimez heureux. La vie est si fragile,
prenez en soin.
Que Dieu vous protège.
Agathe et André

20 décembre 2007
(...) Alors comment va Agathe
depuis la dernière fois où je vous ai donné de ses nouvelles? Globalement, je
pense que cela va mieux mais nous sommes encore à vivre des montagnes russes
selon les semaines, parfois selon les jours. Une chose que je peux affirmer de
façon indiscutable, c’est qu’elle fait preuve d’un grand courage et d’une grande
abnégation. (...)
Nous nous comptons excessivement
chanceux de pouvoir encore l’avoir à nos côtés. Nous en sommes à presque deux
ans et demi plus tard après avoir reçu cette mauvaise nouvelle [le
diagnostic de cancer virulent]. Pourtant, la vie doit continuer et il ne faut
jamais abandonner, jamais; si difficile que cela puisse être. Ce ne serait pas
honnête que de vous dire que tout va toujours très bien.
André raconte un voyage aux Iles Turquoises :
(...) Une anecdote intéressante toutefois, c’est que nous avons eu la
chance d’y vivre par hasard une expérience assez unique. Le dernier matin, avant
de quitter pour l’aéroport, nous avions l’occasion d’une dernière baignade. Nous
avions su que deux ou trois fois par année, sans horaire précis évidemment, un
dauphin sauvage venait près de la plage. Nous espérions évidemment faire partie
de ces chanceux qui pourraient l’observer, mais la foi n’était pas très grande,
du moins pas la mienne, probablement de peur d’être déçu… Agathe, elle, avait
demandé un signe significatif qui lui démontrerait qu’elle n’est pas seule et
que les Dina, St-Antoine, St-Joseph, et tous les autres sont avec elle dans son
épreuve. La veille, elle avait vraiment désiré voir le dauphin, comme un petit
signe que quelqu’un, quelque part, pouvait intervenir pour que cela se produise.
Et bien c’est ce qui arriva. Nous étions 3 personnes dans la mer et tout d’un
coup, à 2 mètres de nous, « Jojo » le dauphin, nageait en toute liberté. Ce fut
un instant assez intense et très énergisant. Pour d’aucuns qui lisent cela en
n'étant pas dans le quotidien de ce qui arrive à Agathe, vous pouvez peut-être
penser qu’on travaille du chapeau, mais je peux vous promettre que c’est en
traversant une épreuve que l’on se met parfois à voir et à apprécier tout ce qui
remplissait déjà notre quotidien et que l’on gaspillait bêtement en étant, un
peu inconsciemment peut-être, convaincu que c’était de l’acquis. Mais rien n’est
acquis, jamais... (...)
L'envie de baisser les bras, s'il n'y avait pas le support humain...
L’important dans sa situation ce n’est pas nécessairement comment le papier te
dit que tu devrais te sentir (sinon elle serait morte), mais plutôt comment tu
te sens réellement. Comme Christian (son médecin) lui a dit la dernière fois,
c’est déjà un petit miracle en soi qu’elle soit encore là malgré le diagnostic
alors il faut tout de même s’en réjouir. (...)
Comme plusieurs d’entre vous la connaissez, Agathe demeure encore d’un grand
courage et d’une grande détermination dans ce qui lui arrive. Il s’agit
probablement de l’aspect le plus difficile à traverser car on souhaite tellement
en finir avec cette aventure et tourner la page une fois pour toute qu’à chaque
fois qu’un soubresaut se présente sous une forme ou sous une autre, la patience
et la foi sont mises à rude épreuve. Je vous dirais que c’est sans aucun doute
sur l’aspect du moral que résident les plus grands défis. L’envie de baisser les
bras nous visite, mais il faut que la résilience soit plus forte que l’abandon.
Je crois, que de façon générale, c’est la grande bataille, le grand défi
qu’impose le cancer et le stress qu’il génère. Heureusement, nous ne sommes pas
seuls dans ce désert. Vous tous, la famille, les amis, les parents, et le cercle
des gens qui appuient Agathe depuis le début de cette maladie sont en grande
partie responsables de ce que nous pouvons encore l’avoir parmi nous. Je ne veux
surtout rien enlever à tous les efforts personnels d’Agathe, mais le temps
faisant son œuvre et étant un adversaire redoutable, c’est là où, vous tous,
jouez un rôle fondamental en prenant le relais. (...)
« ...N'attendez pas qu'il soit trop tard... »
Voilà, la vie est remplie de ces petits instants (je les appelle
affectueusement « les petits riens ») qui sont bien plus importants que l’on
peut l’imaginer. C’est le tourbillon de la vie moderne qui nous cache les choses
les plus importantes. La vie va tellement vite que souvent, on oublie de la
vivre. Au risque de me répéter, n’attendez pas qu’il soit trop tard, de ne plus
avoir la santé, de ne plus avoir le moral… Au bout de la route, on a du temps
pour ce que l’on veut vraiment. C’est tellement triste de voir des gens qui sont
infiniment malheureux et qui se rendent compte trop tard qu’ils ont perdu ce
qu’ils ont toujours eu, mais n’ont pas assez savouré. Dommage que l’on soit
ainsi fait et que l’on ait une prépondérance à prendre tout pour acquis. Mordez
la vie à pleines dents, soyez passionnés pour ce que vous aimez, pour ceux que
vous aimez. Même si vous vous trompez dans ce que vous essayez d’accomplir, même
si vous trouvez cela difficile, ce n’est pas un problème; au moins vous essayez.
Est-ce que ça vous est déjà arrivé de dire : « j’aimerais ça jouer de la musique
comme toi », ou encore « j’aimerais donc ça moi aussi avoir ton talent en
peinture ou en dessin ». Bien sûr, on peut avoir de la facilité dans un domaine
ou un autre, mais la volonté d’y arriver, le temps et l’énergie qu’on y met sont
encore plus importants.
Avez-vous déjà remarqué la patience infinie et la détermination d’un petit
enfant qui peut répéter le même geste des dizaines et des dizaines de fois, sans
s’en faire, sans bougonner, simplement parce qu’il veut y arriver, simplement
parce qu’il sait « qu’il est capable ». Je sais qu’Agathe aussi « est capable »
de s’en sortir et qu’elle sera parmi nous encore longtemps. Elle soutient
mordicus que 2008 sera l’année où elle aura recouvré une santé pleine et
entière. Je sais aussi que vos petits mots d’encouragements, si courts
soient-ils, sont pour elle (et pour moi aussi) une source incroyable d’énergie.
On se sent moins seuls dans cette galère. Toutes les pensées positives et les
prières continuent d’avoir un impact significatif alors sentez-vous bien à
l’aise, il n’y en a jamais trop. Si de notre côté on peut vous renvoyer
l’ascenseur n’hésitez pas à nous faire signe. La prière a ceci de merveilleux
qu’elle est encore plus forte et efficace lorsqu’on la fait pour quelqu’un
d’autre que soi. (...)
juin 2009
Note de l'éditeur
Un an et demi s'est passé, d'un parcours héroïque pour Agathe, aussi pour André
et toute la famille avec elle, en plus d'un réseau de solidarité inestimable.
Ne manquez pas de lire la finale, assez inattendue merci. Mais si elle vous fait
le même effet qu'à nous, elle saura vous toucher jusqu'au fond de l'âme :
Partie 2 : Agathe est dans la lumière.

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