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IM-0005 |
Avons-nous
à « rendre le monde meilleur » ?
Une cause perdue
d'avance... ou déjà gagnée ? |
« Un homme
est bon
s'il rend les autres meilleurs »
Proverbe ukrainien
Au mur d'un collège, j'aperçois les armoiries de l'école normale qui se logeait ici, une génération passée.
Je sursaute en lisant sa devise, inscrite au bas :
« RENDRE LE MONDE MEILLEUR
». Elle me frappe d'autant plus que je
sors d'une conférence sur la mondialisation, où la solidarité apparaissait
le seul oxygène possible pour guérir notre planète asphyxiée.
Rendre le monde meilleur... La génération de mes parents et la mienne
se sont senties bien dans une telle devise. J'apprécie sa générosité :
elle invitait à se dépasser et à entraîner notre monde avec nous
- c'est quelque chose ! Mais la vision, derrière, me laisse sur ma
faim. Elle trahit même une grande vérité. Et je suis convaincu que nous pouvons aller plus
loin que ça aujourd'hui.
Quelle est donc cette
vérité ?
Jacques Salomé, dans un poème,
parlait de la quête sans fin du meilleur de soi. Je crois que notre
nature profonde va de ce côté : nous sommes un détective qui s'ignore. Ceci
dit, je suis maintenant convaincu que nous n'avons pas à rendre le monde meilleur. Plutôt, nous avons à faire
savoir aux gens qu'ils sont, par nature, meilleurs qu'ils
ne le croient. À leur faire réaliser que leurs soifs profondes vont beaucoup
plus loin que les petites convoitises du jour le jour. Que leur être profond est beaucoup plus libre et plus
fort, qu'ils sont plus créatifs ou plus solidaires qu'ils ne s'en doutent
- déjà. Bien sûr, tout ça est en germe et demande de
grandir; mais c'est là, disponible.
Le problème, c'est que nous
l'ignorons - face à nous-même, pour commencer. À la radio,
j'ai été épaté d'entendre Gregory Charles, lors d'une émission tout à
fait laïque, oser proposer qu'on peut s'adresser à « cette partie de
nous qui est plus grande que nous ». C'est exactement ça ! Qu'on peut
s'adresser à ce quelque chose que nous sommes, qui voit plus grand que
les mesquineries qui jalonnent souvent notre quotidien, quand nous sauvons
notre peau. Et puis, peu à peu, qu'on peut s'adresser à ce quelque
chose qui nous traverse, à ces forces que la science n'est pas en
mesure de nommer, mais que nous sentons confusément, et que sur la pointe des
mots nous appelons la vie, le divin, Dieu... sans oser les appeler
vraiment !
Piégés par le politiquement correct
Nous ne réalisons pas que c'est la peur qui nous fait un voile et
nous coupe de nous-même, que c'est elle qui nous fait tantôt quêter
l'approbation des autres, tantôt nous défendre de leur regard. C'est alors que
s'active notre envie de nous ajuster aux standards qui sont sans danger, par
exemple la mode; c'est alors que nous disons oui à la compétition, à
prendre du pouvoir sur l'autre - jusqu'à la vengeance,
quelquefois : pensons aux événements du 11 septembre
2001 à New York, à tout ce qu'ils ont déclenché depuis.
« Si tu savais le don... »
Derrière, pourtant, chacun de
nous est une source limpide. Elle traverse une terre où il lui arrive de
s'envaser, c'est sûr. Mais la source est toujours là, intacte. Chacun
de nous a
besoin que ça lui soit révélé, puis rappelé par moments. Le rendez-vous est
là : reconnaître la personne debout, souvent bien cachée derrière la personne de
boue. Elle s'ignore, a peur ou veut se faire justice, et elle nous fait
peur à notre tour. Et le chemin le plus sûr - mais aussi
le plus dur, peut-être - est de commencer par s'appliquer ce regard à
nous-même.
Je crois que les gens deviennent
avec le temps comme ils se voient. Et pendant longtemps - surtout
s'ils sont peu éveillés encore, ou très blessés - ils
empruntent nos yeux pour se regarder.
Je repense à la devise sur le blason. Qui sait si les
gens qui l'ont écrite, à leur époque, auraient envie d'écrire aujourd'hui
: « RENDRE
LE MONDE conscient qu'il est MEILLEUR
» ?
Christophe Élie

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L'ALLUMEUR
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